Information formelle et communication tacite dans les dispositifs d’innovation technologique : le cas d’une technopole à la française : Sophia Antipolis

Nom de l’Auteur : Paul Rasse
Fonctions : Professeur des universités en Sciences de l’information et de la communication, Directeur du Laboratoire de recherche I3M (information, milieux, médias, médiation) en sciences de l’information et de la communication
Rattachement institutionnel : Université de Nice - Sophia Antipolis
Adresse électronique : Aceasta adresa de e-mail este protejata impotriva spamului, JavaScript trebuie activat ca a putea vizualiza pagina.  

Le phénomène des technopoles est devenu une évidence dans les années 1980, lorsque les acteurs de l'aménagement des territoires, technocrates et élus confrontés aux restructurations du tissu industriel, ont découvert que le secteur tertiaire à haute valeur ajoutée, alliant recherche et nouvelles technologies, pouvait être un bon moyen de revaloriser les régions en crise . Des expériences plus anciennes, la ZIRST de Meylan à Grenoble et Sophia-Antipolis sur la Côte d'Azur, avaient ouvert la voie à une époque où il n'était encore question que de croissance économique. Leurs initiateurs en avaient eu l'intuition, avant tous : « Les industries lourdes associées par tous, au XIXe siècle, aux brumes et aux fumées de Pittsburgh, de Birmingham, de la Lorraine, de la Ruhr », correspondent à une période révolue, « le progrès et l'avenir ne dépendent plus désormais des matières pondéreuses, charbon ou minerais… mais de la matière grise, de la qualité de la formation, de la qualité de l'environnement » . Bien sûr, il y avait aussi déjà la fameuse Route 128 à Boston et la Silicon Valley dans la banlieue de San Francisco, mais loin d’être ce qu'elles sont devenues depuis, elles laissaient seulement à imaginer qu'un environnement naturel exceptionnel, allié à un environnement culturel fait de grandes universités, était propice au transfert des découvertes scientifiques vers l'entreprise et à l'innovation technologique .

En s’appuyant sur une recherche en cours, cette contribution se propose d’éclairer la façon dont la communication s’organise au sein de la technopole de Sophia-Antipolis, qui fut conçue dans la perspective du développement d’un espace propice à l’innovation technologique .
L’économie repose sur l’échange de deux types de savoir : d’une part le savoir formalisé, codifié, écrit, c'est-à-dire l’information, d’autre part le savoir tacite, qui permet d’utiliser l’information, d’en juger la qualité, de l’appliquer à un problème concret, de former une connaissance. La connaissance est nécessaire à la création. Ces deux types de savoir ne circulent pas de la même manière.

Nous formulons l’hypothèse, selon la laquelle la fertilisation croisée fonctionne quand on réussit à articuler les deux types de savoir, les deux systèmes : celui de l’information et celui de la communication tacite.
L’information concerne ce qui circule d’officiel, de formalisé : les savoirs scientifiques, les technologies codifiées, écrites ; l’information s’exporte aujourd’hui instantanément d’un endroit à l’autre du globe. Son espace a toujours été mondial.
La communication tacite (au sens où nous l’entendons ici) concerne davantage les savoir-faire liés à la réputation, à la crédibilité, aux opportunités ; elle est la propriété du collectif. Avec les NTIC, la communication tacitese dilue dans les réseaux.
En quel sens peut-on repérer à Sophia-Antipolis ces deux typologies ? Comment circule l’information ? Comment s’organise la communication ? Dans quels lieux ou espaces, matérialisés ou virtuels, peuvent se développer et se créer ces échanges ? Comment tout cela évolue-t-il ?
En quel sens l’action combinée du formel et du tacite peut-elle être envisagée comme une des caractéristiques principales de l’innovation sophipolitaine ? En d’autres termes : « Comment l’articulation de l’information et de la communication, selon les deux typologies avancées, renouvelle-t-elle l’approche des dimensions technique et sociale du dispositif d’innovation ? »

D’un point de vue méthodologique, il s’agira d’identifier l’influence des discours institutionnels et des représentations collectives de l’innovation sur ces acteurs et sur l’évolution de la technopole. Et de manière réciproque, de déterminer l’influence des acteurs et des mutations de la technopole sur la promotion des discours et des représentations relatifs à l’innovation.
La méthode hypothético-déductive permet de mener des recherches d’archives efficaces, et de collecter des informations pertinentes au cours d’entretiens semi-directifs, renouvelés à mesure que l’hypothèse de départ s’affine ; à savoir : la mise en réseau de compétences et de connaissances dessine le processus socio-économique de l’innovation, dans la dynamique antagoniste du technologique et du social.
Il s’agit de mettre en œuvre une analyse critique des discours et des représentations techniques et sociales des acteurs sophipolitains : institutions, entreprises mais encore associations, qui s’appliquent à la mise en réseau, au maillage souterrain et horizontal de la société technopolitaine.

L’interrogation se précise : « En quel sens la mise en réseau de compétences et de connaissances participe-t-elle de la construction d’une communauté ? En quel sens ce maillage, que les technologies de l’information et de la communication ont su porter à une nouvelle échelle, est-il symptomatique d’un processus d’innovation, qu’il initierait comme sa propre conséquence ? En quel sens l’étude de ce réseau conduit-elle à la conceptualisation de l’idée de dispositif ? »


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