Réflexion sur quelques concepts de la communication des organisations

Nom de l’Auteur: Claude Le Bœuf
Fonctions: Professeur en Sciences de l'Information et de la Communication retraité, Membre associé du centre de recherche en Information et Communication d’Aix-Marseille 3
Rattachement institutionnel: UMR CNRS 6168 LSIS Aix-Marseille 3
Adresse électronique: Aceasta adresa de e-mail este protejata impotriva spamului, JavaScript trebuie activat ca a putea vizualiza pagina.

L’appel à communication considère que « certains des concepts retenus sont des termes polysémiques, pouvant être qualifiés de nomades, qui ont migré d’un champ scientifique à l’autre ». Ma proposition de communication vise à développer le débat sur ce sujet en apportant un point de vue épistémologique personnel.

Réflexion sur quelques concepts de la communication des organisations


Admettons avec P. Watzlawick (1967) qu’on ne peut pas ne pas communiquer pour convenir de l’importance de la communication des organisations dans la complexité contemporaine. Reconnaissons aussi qu’elle recouvre une grande diversité d’objets, généralement étudiés sans grande concertation par les chercheurs en Sciences de Gestion (SdG) et en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) : La communication interne, la publicité, les relations publiques, la négociation,… jusque dans leurs composants les plus singuliers répondant à l’actualité du moment pour les entreprises : La marque, le groupware, le coaching, le marketing sensoriel,…

La communication des organisations prend de fait une ampleur que le développement actuel des technologies d’information et de communication ne fait que renforcer. Elle est si importante que certains auteurs lui reconnaissent la qualité de discipline émergente (A. Laramée, 1989). D’autres cependant, interpellent les chercheurs qui aspirent à jouer les R. Debray avec sa Médiologie (J.- L. Le Moigne, 2000) en promouvant leur objet en discipline. Face à ce que d’autres encore qualifient de « terre inconnue » (N. Cortesi-Grou et Y. Jeanneret, 1995), l’instrumentalisation intentée par les responsables des entreprises ne tend-elle pas finalement à uniformiser les problématiques de recherche, fondant de facto les SdG et les SIC dans une même « méta interdiscipline » ? J.- L. Le Moigne, épistémologue sollicité tant par les uns que par les autres (1995, 1999, 2000), propose d’ailleurs dès 1980 de fédérer toutes les nouvelles sciences, dont les deux visées ici, sous le label « sciences de l’ingénierie ». Cette perspective de rapprochement se heurte aux us et coutumes poussant les universitaires à consolider les frontières de leurs disciplines plutôt qu’à travailler à l’interdisciplinarité.

Notre intention est de chercher à mieux comprendre les phénomènes communicationnels dans les entreprises. Or, dans « l’immense espace des savoirs » (C. Baltz 2001), quelle est notre sensibilité aux disciplines proches traitant du même objet ? Nous qui empruntons sans compter aux « disciplines mères », que sont la Sociologie, la Psychologie, la Linguistique, l’Economie,…, dépassons-nous la juxtaposition des savoirs pour intégrer de façon cohérente les apports respectifs des SdG et des SIC et développer des synergies utiles aux acteurs de terrain ?
Notre compréhension de la communication a évolué depuis C. Shannon. Nous vivons aujourd’hui une rupture dans la façon de comprendre le monde qui nous entoure, aussi les modèles déterministes laissent-ils la place aux modèles interactifs ou situationnistes dans une société marquée par la complexité (E. Morin 1990). Où en sommes-nous les uns et les autres ? Pouvons-nous revendiquer des approches particulières alors que nous nous référons communément à la Systémique et au Constructivisme, comme nous le faisions hier avec le Structuralisme ? Produisons-nous des résultats différents ? Comment s’articulent les approches qualitatives et quantitatives dans nos disciplines ? Avons-nous rompu avec le Positivisme et, si non, comment traiter de la complexité avec le déterminisme causal des méthodes expérimentales ?

Personnellement, je ne crois plus à la spécificité des SIC, ni des SDG. Je travaille au rapprochement des disciplines dans une perspective de raison « délibérante », ou raison « avisante », ouverte par J.-L. Le Moigne. Elle permet de passer du chercheur isolé à l'intelligence collective, la discussion des travaux des uns contribuant à la production de ceux d'autres au profit d’une collectivité décloisonnée. Dans cette perspective, je propose de revenir sur quelques concepts plus ou moins communs aux Sciences Humaines et Sociales : l’objet, l’image et la dynamique communicationnelle. 


HPS.ro: Web Design | Papetarie | HPS.ro: Optimizare Site